Yann Destal

Yann-Destal-Philippe-Mazzoni

 

PREMIERS PAS LIVE EN SOLO. Mon premier concert en solo, il me semble que c'était à Paris au... Tryptique! Aujourd'hui rebaptisé le Social Club. Excellent souvenir, grand challenge pour moi, car j'avais ré-arrangé les chansons pour être interprétées avec, pour m'accompagner, uniquement un violoncelle. Je me rappelle avoir ce soir-là partagé l'affiche avec Ayo, et Sia (chanteuse de Zero 7) avec qui j'ai retravaillé par la suite. C'était il y a un peu moins de dix ans - ce qui n'est pas peu. Mais en tout cas, un concert dont je suis sorti heureux. 

LET ME BE MINE. Suite au succès trop mitigé de mon premier album (The Great Blue Scar, ndlr), et certaines divergences musicales, je me suis séparé de ma maison de disques. Plusieurs années déjà se sont écoulées, durant lesquelles j'enregistrais de nouveaux morceaux. Retrouvant ma liberté, j'ai continué à enregistrer, en me disant: "si ça plaît à quelqu'un dans le milieu professionnel, tant mieux. Sinon, je continue, de toute façon." Ma patience a été mise à l'épreuve, jusqu'au jour où ces personnes que j'attendais sont apparues. Alors il ne me restait plus qu'à choisir parmi les nombreuses chansons enregistrées pour faire Let Me Be Mine

EXIGEANCE POP. Lorsque je travaille sur un morceau, c'est une masse de boulot artisanal dont personne ne se doute - et c'est tant mieux, car ce n'est pas le propos - avec en moyenne un millier de clics de souris par seconde de musique! Oui, peut-être que ma musique est exigeante dans le sens où ce qu'elle raconte ne peut être vraiment compris en mode "musique d'ambiance." Il faut l'écouter comme quelqu'un qui nous adresse la parole. Ses émotions sortent ddes thématiques contemporaines habituelles, à savoir la fête mondaine, l'émancipation transgressive de masse, les états d'âmes dans le cadre de l'amourette, etc. Je ne crache pas dessus, tout cela peut donner d'excellentes chansons, depuis notamment les Beatles.

SPIRITUALITÉ. Ce que je fais incite l'auditeur à prendre le risque de nager plus au large, pour explorer ce que signifie l'absolu. Je ne dis pas que j'y arrive. D'ailleurs, ça n'est pas à moi de le dire. Mais j'essaye de parler de Dieu - ou appelez cela comme vous voulez, le monde au dessus, au delà du nôtre -, des tournants ultimes dans la vie, ou d'une critique du projet de notre société... J'espère juste que ceux qui acceptent le voyage que je propose en reviennent heureux. Ou n'en reviennent pas du tout, tiens!

MÉLANCOLIE CHÉRIE. Pour moi la mélancolie est une joie dans la tristesse. Cela peut surprendre, mais je crois que mes chansons sont très optimistes. Je ne parle pas de celles qui le sont ouvertement, comme "You look like Heaven" ou "Feel it". Dans cet album, on ne trouvera pas une seule phrase qui mène à l'abattement, au désespoir, la résignation. Cela ne fait pas partie de mon registre. Peu de monde me contredirait sur l'idée que notre époque est difficile. Et pour moi, des chansons qui célèbrent la joie de vivre de manière unilatérale sont à côté de la plaque. C'est un déni de notre réalité. Il est sain de ne pas être satisfait du monde dans lequel nous vivons. Pourtant, il faut être en accord avec son époque, et je pense faire une musique qui s'y inscrit... On aspire à un idéal, mais il est trop dur à trouver, à imaginer selon les critères de bonheur qu'on nous propose. Alors, pour moi, il faut voir les choses en face, et prendre le risque de trouver cet idéal par nous-mêmes. C'est une épreuve douloureuse, qui ne peut aboutir qu'avec un inébranlable optimisme.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

 



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