Trentemoller

Trentemoller-Philippe-Mazzoni

Je ne définis jamais un album avant qu’il ne soit terminé. J’écris et j’enregistre en même temps. Je fais tout dans un grand bordel, avec peut être quelques éléments au piano mais, très vite, je vais en studio pour les rythmes et la recherche sonore. Tout s’enchaine de chanson en chanson. Si je panique, je ne force rien, je rentre me coucher. Faire un album doit être un processus ouvert.

J’ai débuté dans les années 1990. Et c’est toujours aussi bien ! J’aime jouer, être en tournée, commencer à écrire une nouvelle chanson. Ce qui reste difficile, c’est de penser à la pression des gens : vont-ils aimer ou pas ? 

Pour moi, la musique est avant tout fictionnelle. C’est une autre histoire, même si on s’inspire de notre vécu. On s’imagine d’autres choses que nos propres vies. La musique te permet de créer ton propre film intérieur.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Barbagallo

Barbagallo-Philippe-Mazzoni 4

 

PREMIER INSTRUMENT

Je pense que c’était une batterie que je m’étais fabriqué à base de boites en ferraille des biscuits LU, des petits beurres… J’avais 5 ou 6 ans. Puis j’ai continué comme ça sur divers récipients. Alors mes parents m’ont inscrit dans un école de musique, à Albi, et j’ai commencé à étudier la batterie. C’était mon instrument principal jusqu’à mes 15 ans. Après, j’ai appris en autodidacte d’autres trucs…

MES INSPIRATIONS 

Entre mes 17 et 25 ans, j’écoutais beaucoup de musique britannique, Teenage Fanclub, Super Furry Animals, Oasis, et du côté américain c’était Weezer, les Flaming Lips. En murissant, je me suis beaucoup intéressé au folk, notamment à Neil Young. Et puis il y a eu Matthieu Boogaerts, dont je suis le plus grand fan. Et je ne serais pas honnête si je ne citais pas Genesis, qui passait beaucoup à la radio lorsque j’étais enfant. Le tout a nourri nourri mon imaginaire de musicien.

ECRIRE 

Je m’étais donné quelques mots clefs pour mes chansons, que je relisais de tant en temps pour me( re)mettre dans le bain. Je m’étais imposé de ne pas utiliser de métaphores… Je pensais beaucoup au côté prophétique des  phrases. Et je gardais un cahier des charges où se côtoyaient Eugène Guillevic, dont j’ai repris un poème sur l’album avec la chanson « Oubliez-moi », ou des auteurs comme Jean Echenoz. Ils ont des manières d’écrire très simples, qui regorgent d’informations sans en donner. J'ai voulu tendre vers cela, quelque chose d’assez dépouillé pour que les auditeurs puissent s’approprier les chansons le plus facilement possible.Tout en jonglant avec les mots.

... EN FRANÇAIS

Jusqu’à il y a trois ou quatre ans, j’utilisais l’anglais pour mes projets solos. Mais la pensée et la langue étaient très éloignés, et j’ai réalisé qu’il était temps de passer au français, d’aller au plus près de ce que j’ai envie de dire. Il y a aussi le fait que je sois parti vivre à l’étranger… cela m’a beaucoup décomplexé. Tout d’un coup, une forme de pression disparait, tu te sens plus libre dans tes propos, dans ton exploration de la langue.

GRAND CHIEN

C’est la traduction littérale de l'expression anglaise « big dog », qui est un peu moqueuse. C’est comme ça que tu surnommes quelqu'un qui va frimer en soirée, payer sa bouteille de champagne… C’était suffisamment étrange pour servir d’accroche.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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La Femme

La Femme-Philippe-Mazzoni

Sortir dans des fêtes, être triste et être heureux. Vivre, ça t’alimente.

Une bonne engueulade peut adoucir l’atmosphère pendant quelque temps. Même si on des remords, comme on le dit dans Mystère : « même si tu es triste continue ta route, il y a quand même de l’espoir ». Et toujours des solutions.

Nos paroles, on les veut simples. Il faut savoir parler directement à quelqu’un. On est des porte-paroles malgré nous... Mais si on peut dire des choses qui aident les autres, tant mieux. On a une voix qui porte, alors autant véhiculer des messages.

Faire attention à la routine, au-delà de notre vécu sentimental. On fait des trucs fous, comme prendre l’avion plutôt que le bus. On squatte chez les gens, on va dans des pays différents. Ce qui est triste, c’est de savoir où on sera dans six mois ou un an.

On aime le son des années 60, mais on va de l’avant. On a tous produit tout seuls, de A à Z, avec la technique d'aujourd'hui. On veut avoir le contrôle. Ce groupe a été créé dans le but que ça marche et de faire des tournées dans le monde. Tiens, pourquoi pas faire comme Led Zeppelin et avoir un jet La Femme ?

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Mamfredos

Mamfredos-Philippe-Mazzoni

Comment et pourquoi les années 80 vous influencent-elles?

Je suis née à la fin des années 80, et petite, on allait une à deux fois par an en Grèce avec mes parents (mon père était grec), ma sœur et mon frère. Souvent, voire tout le temps sur l’île de Kalymnos où nous avons des cousins, cousines. C’est une des plus belles périodes de ma vie. Le soir, l’été, nos parents retrouvaient des amis pour boire des coups dans le bar de Neoclès ! Et nous, on buvait des litres d’oranges pressées à l’intérieur, accoudés au bar, comme les Daltons ! En fond sonore que des hits des années 80. C’était dans les années 90 mais ce bar était totalement 80’s ! Et puis j’utilise des sons de synthé 80’s (que j’essaye quand même de travailler de manière nouvelle et de notre temps) parce que c’est devenu hyper branché et que ça me fait assez rigoler cette mode… Je peux être assez malicieuse ! Et puis je pense que ma musique est aussi assez 60’s, 70’s sur certains aspects, j’ai des mélodies qui sonnent assez 60’s même si j’utilise un synthé aux sonorités 80’s pour les jouer. C’est ça qui me plait, le mélange. 

Le jour où vous avez réalisé que votre vie serait consacrée à la musique?

C’est venu comme une évidence. J’étais à la fac, je faisais une licence de LEA Anglais-Chinois et une licence de Médiation Culturelle, ça fonctionnait pas mal. Aller à la fac me faisait me lever le matin, je me nourrissais, puis je digérais et je réintégrais ça dans ma musique, à ma façon… Puis est arrivé le moment où je ne pouvais faire correctement ni l’un ni l’autre. J’aime aller au bout des choses et le choix s’est fait naturellement. Pouvez-vous revenir sur vos débuts de musicienne et de chanteuse? Mes débuts de musicienne c’est « Circa » 2000, j’ai demandé une guitare et m’y suis mise… Mon prof me faisait bosser des morceaux, et en me plantant sur les accords j’ai découvert la composition. De ces erreurs, je me suis mise à faire ce que j’appelais mes « bouts de morceaux ». Côté scène ça a suivi assez vite, Vanessa Chassaigne (Louka) avait passé un appel sur MySpace, elle cherchait un guitariste pour remplacer Timothée Régnier (Rover), je me suis proposée et ça a fonctionné ! Et pour la voix ça a suivi, Héléna Noguerra qui passait à la maison, après avoir écouté mes derniers « bouts de morceaux » m’a dit qu’il manquait plus que ma voix pour que ce soit des chansons et qu’il fallait que je me lance ! C’est comme ça que je m’y suis mise.

Vos références absolues ?

Il y a Ron Carter et son album live Piccolo, Bitches Brew de Miles Davis (et à peu près tout Miles Davis d’ailleurs!). Beaucoup de jazz en fait. Ma mère et mon père m’ont baignée dedans, et ma grand-mère maternelle m’emmenait en écouter tous les ans à Jazz à Juan. Sinon il y a Boby Lapointe et le Pierrot Lunaire de Schönberg (ma mère m’a bercée avec), Hugues le Bars dont je suis dingue… 

La recette d'une vraie bonne pop song, d'après vous?

Des mots simples, des phrases courtes, un double ou triple sens possible, au moins un bon gimmick efficace, une intro qui permet de reconnaître la chanson dès la première seconde : "Circa" en somme !

Si vous avez une devise... Ou si vous deviez vous en inventer une?

Un seul mot : « Sprezzatura », que j’ai découvert à la fac, en histoire de l’art. Je l’ai tatoué sur mon bras et ce sera le titre de mon premier album ! Le terme Sprezzatura est apparu dans Le Livre du courtisan, écrit par l’Italien Baldassare Castiglione en 1528. Il définit la Sprezzatura comme la capacité à « user en toutes choses d’une certaine nonchalance, qui cache l’artifice, et montre ce qu’on fait comme si cela était venu sans peine et quasi sans y penser ». C’est « assez tout moi » !

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Cat's Eyes

Cats Eyes-Philippe-Mazzoni 

RACHEL ZEFFIRA

Cat’s Eyes, c’est l’orchestral qui rencontre les synthés et les guitares. C’est mon univers qui se marie avec celui de Faris. Les deux touchent le coeur. Nous venons de backgrounds musicaux très différents. C’est par ailleurs ce qui nous permet de ne pas avoir à faire de compromis. Et si jamais c’est difficile pour l’un de nous deux, c’est difficile pour l’autre… cela marche de la même façon pour la facilité. Nous n’aimons les formules toute faites ou les règles, nous nous ennuyons très vite. Tout doit être passionnant.

FARIS BADWAN

Si nous avons appelé notre second album Treasure House, c’est pour rendre hommage à un lieu magique qui décrit notre monde. Un de nos endroits secrets. Nous sommes comme des enfants, imprévisibles, nous ne savons jamais ce que nous allons faire. Où est le plaisir si nous connaissons tout ce qui va se passer ? Notre rencontre était inattendue et spontanée, notre relation et notre musique doivent l’être aussi. 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Petite Noir

Petite Noir-Philippe-Mazzoni-1

 

Le Noirwave, c’est un état d’esprit, un mix entre la new wave et la musique africaine qui convoque également l’image et la mode. Ma devise : libérez vos esprits. Il faut absolument savoir ouvrir son mental et ne pas s’encombrer de tabous. Ca a l’air évident, comme ça, mais il n’y a pas grand chose de plus difficile. C’est l’une des raisons pour lesquelles je fais de la musique : donner envie aux gens de s’aimer les uns les autres en écoutant des chansons qui peuvent les rassembler.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Bosco Rogers

Bosco Rogers-Philippe-Mazzoni 

LE ROCK'N'ROLL

Del : C'est la liberté musicale. Oublier ce qui a été fait avant. Un peu comme le surf, le krautock et le punk, mais sans les clichés et les uniformes qui vont avec.

PREMIÈRE FOIS MUSICALE

Del : Oui, c'était au piano, chez ma tante, j'ai joué la mélodie vocale de Baggie Trousers de Madness. J'avais 7 ans.

Barth : j'ai joué mon premier accord, un D, dans la cuisine de mes parents. C'était le printemps et j'avais onze ans. 

PREMIERE RENCONTRE

Un moment de pure beauté, nous nous sommes sentis comme des frères nés de mères différentes. 

POP AMBITION

Nous voulions que nos petites chansons sonnent davantage comme un jus d'ananas pressé qu'un sirop de pastèque chaud. Qu'elle soient courtes, efficaces et dotées d'un coeur.

UNE DEVISE

Je fais tout une fois, et deux si j'aime ça.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Brisa Roche

Brisa Roche-Philippe-Mazzoni

LA NOSTALGIE ET LE FUTUR.

Il y a de la nostalgie dans ce que je raconte dans ma musique, mais aussi un dsir d'explorer un son à la fois accessible et imposant, qui joue sur plusieurs couches de production sans mettre de côté mes objectifs : l'émotion et la lumière. je parle souvent de moi, de mes rêves, de mes correspondances, mais parfois, j'imagine aussi une scène, ou je m'inspire d'images souvent utilisées dans le hip-hop, le R'n'B ou la country. C'est drôle de s'en servir hors contexte!

INVISIBLE.

Le nom de mon album vient u fait que j'ai enregistré toute mes voix seule, dans mon home studio, sans contacte avec qui que ce soir. Pas d'influence, pas de jugement extérieur. Cela reste difficile d'être une femme dans l'industrie de la musique. Mais j'ai eu la chance d'avoir, avec le temps, noué des relations avec des personnes sur qui je peux compter et qui respectent mes convictions... Comme Marc Collin. C'est un génie. Il sait réunir les gens, les projets, les sonorités. 

MA DEFINITION DU BONHEUR.

L'intensité, l'improvisation, le travail, un premier baiser.

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Claude Violante

Claude Violente-Philippe-Mazzoni

Premier coup de foudre musical?

Je pense pouvoir dire sans trop prendre de risques que c’était les Beatles que j’écoutais en CD sur mon walkman ou en vinyle en boucle du matin au soir!

Premier concert? 

Si j’essaye de remonter le plus loin possible, je me rappelle avoir été voir Starmania, comme j’étais fan, c’était évidemment un super souvenir.

Premier instrument?

J’ai fait quelques années de piano sans jamais être très douée mais avec beaucoup de passion, et c’est déjà pas mal…

Première émotion scénique?

Je ne sais pas si c’est en tant que spectatrice ou comme performance mais comme auditeur je pense que j’ai beaucoup aimé voir Joanna Newsom, ce n’était pas ma première émotion mais un bon souvenir. Quant à moi, j’ai beaucoup aimé joué aux Bains l’année dernière, il y avait vraiment une bonne énergie globale.

Première chanson écrite?

Comme tout le monde, j'ai écrit ma première chanson à la guitare folk pendant une soirée de désespoir adolescent.

Premier album à venir?

Avec un spectre assez large en terme d’influences, j’imagine que je serai vraiment soulagée une fois qu’il pourraêtre entendu, qu’il sera sorti de son nid et je suis sûre qu’il s’envolera de manière majestueuse, comme un bel albatros ! Plus sérieusement j’y travaille depuis un certain temps et avec beaucoup de passion, j’espère qu’il sera à la hauteur de mes attentes et que je pourrais le réécouter dans quelques années avec fierté.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Las Aves

Las Aves-Philippe-Mazzoni 2

JULES

Pourquoi ce choix de nom, Las Aves?

Nous aimions le fait que le nom n'aiguille vers aucun style de musique en particulier. Nous voulions quelque chose d'étrange, qui soit un peu hors du temps...

Comment avez-vous l'idée de cette renaissance inattendue ? Y pensiez-vous depuis longtemps?

En fait, l'évolution musicale n'était à aucun moment préméditée, ou même consciente. C'était la finalité d'un très long processus, tant humain, psychologique que musical. Le rock était notre moyen d'expression depuis notre adolescence. Nous faisions du skate, et nous nous exprimions avec ce que nous avions sous la main: deux guitares, une basse, une batterie et de la sueur. Mais même durant cette époque, nous étions autant influencé par The Clash que Portishead, autant par Siouxie and The Banshees que M.I.A. Mais ces influences se retrouvaient diluées dans une énergie punk et une écriture définitivement rock. A l'époque de The Dodoz, nous enregistrions nos albums en live sur bandes analogiques, tous ensemble dans une même pièce, le plus souvent en une prise. C'est quelque chose qui nous tenait à coeur, qui était cohérent avec notre façon d'envisager la musique.

Mais nous étions très jeunes, nous avions tout appris par le rock et les guitares. Je pense que nous n'aurions même pas su allumer un synthé, ou sortir un seul son d'une boîte à rythmes. En grandissant, nous nous sommes beaucoup plus intéressés à la production. Nous voulions comprendre comment ces morceaux trip-hop ou hip-hop s'étaient construis, d'où venaient ces sons.

Après une tournée géniale mais éreintante en Europe de l'Est avec The Dodoz, nous sommes tous rentrés à Toulouse, épuisés. Nous avons senti le besoin de faire une pause, de prendre du recul sur la musique. Nous sentions une certaine routine pointer le bout de son nez, et c'est exactement ce que nous avons toujours essayé d'éviter. Certains d'entre nous se sont réfugiés dans la boxe, d'autres la mécanique. Vincent et moi étions DJ résidents dans un club à Toulouse, où il fallait faire danser les gens tous les soirs. On a découvert la trap, la Bass Music. Ca nous a ouvert à tout un pan de la musique que nous avions un peu ignoré.


Puis nous sommes tous revenus dans un petit home studio, petit à petit. Pour jouer ensemble, expérimenter un maximum. Il n'était en aucun cas question d'un album, nous voulionsjuste faire de la musique, se laisser surprendre. La configuration du lieu était telle qu'on ne pouvait pas enregistrer à 4 en live, ce qui pour nous était absolument nouveau. C'était un peu comme se retrouver au volant d'un poids-lourd sur la file de gauche en Angleterre, avec des ronds point partout (rires). Nous avons tout appris sur le tas, comment enregistrer nous même, comment transformer des sons dans un ordinateur… Nous nous sommes alors retrouvés dans un amateurisme total, à jouer d'instruments qu'on avait jamais touché auparavant. Les accidents se multipliaient, et chaque erreur nous ouvrait d'autres possibilités, chaque limite nous donnait des idées. Comme des enfants dans un cockpit d'avion, c'était hyper grisant. Petit à petit, un nouveau son apparaissait. Plus hybride, moins codé. C'était très excitant de ne pas savoir du tout où on allait, quelle serait la finalité de tout ça. C'était comme une seconde adolescence, nous avons vu notre corps changer et nous étions à la fois exaltés et paniqués (rires).

Pourriez-vous nous expliquer vos choix esthétiques, l'importance du visuel dans votre musique?

Le visuel où plutôt l'image existe qu'on le veuille ou non depuis presque toujours, dans le sens ou même les bluesmen des années 30 avaient déjà une image. A partir du moment où la musique est incarnée, l'image rentre en jeu. Mais c'est vrai que nous sommes arrivés à un point aujourd'hui où les groupes travaillent d'abord l'image, ensuite la musique. C'est devenu commun et même nécessaire, alors que l'essence du truc reste et doit rester la musique. Nous avons un peu ce fantasme d'une ère où les visuels n'existeraient pas, et seule la musique parlerait pour elle même. Je pense que chaque artiste et son public seraient radicalement différents de ce qu'ils sont aujourd'hui, ce serait assez intéressant de voir ce que ça donnerait.

Mais d'un autre côté, cette abondance de visuels est hyper enrichissante pour les artistes, si la démarche reste personnelle et passionnée. Pour Las Aves, la musique est la priorité, mais nous aimons énormément développer l'aspect visuel. Nous avons des images assez précises qui nous viennent en tête pour illustrer les morceaux, et on attache beaucoup d'importance à travailler avec des gens que nous admirons. Pour les clips par exemple, nous travaillons quasiment exclusivement avec le réalisateur anglais Daniel Brereton. C'est quelqu'un qui vit vraiment pour son art, qui a des idées un peu différentes, et une énorme sensibilité.


Comment s'est déroulée la collaboration avec Dan Levy ?

Notre première rencontre, c'était à l'occasion d'un festival dans le sud de la France... autour de 2009, il me semble. Nous nous étions juste croisés, mais nous nous étions dit : "ce mec est un connard", et nous avons su après que lui avait pensé : "c'est des petits cons" (rires). Puis beaucoup de temps est passé, et nous lui avons envoyé 4 titres par mail en 2013. Il m'a appelé le lendemain pour me dire qu'il adorait. En 10 minutes au téléphone, il avait tout compris à ce qu'on essayait de faire. Il voyait même déjà comment nous amener plus loin... Nous enregistrions les morceaux façon DIY chez Nem (la chanteuse) ici à Paris, puis nous ramenions tout ça en Normandie chez Dan et c'était bouclé en 1 ou 2 jours... avec quelques débats enflammés au milieu!

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Steve Gunn

Steve Gunn-Philippe-Mazzoni-1a

10 ANS DE MUSIQUE

Après avoir passé autant d'année sur la route ou en studio, j’ai certainement beaucoup appris. Une chose importante à savoir faire lorsque vous êtes un musicien en tournée, c’est d'équilibrer votre quotidien alors que vous changez tous les jours de ville. En réalité, c’est un vrai challenge, et on peut souvent se faire piéger. Cela m’a pris beaucoup de temps pour comprendre comment économiser mon temps pendant les tournées. C’est une recherche sans fin, je suppose.

J'ai enfin pu vivre de ma musique très récemment. Quand je suis frustré, ou que je me plains de ma condition parfois pas très reluisante de musicien, je me souviens de l’époque où je devais aussi prendre un job à côté pour pouvoir m’accomplir.  Jusque là, je travaillais dans le milieu de l’art à New York, et je m’arrangeais toujours pour caser les concerts et les enregistrements. J’assistais l’artiste dans ses installations, organisais des expositions, et je conduisait un camion dans tout New York pour apporter leurs oeuvres à l’élite locale. J’ai eu la chance de pouvoir prendre autant de temps que je voulais pour me consacrer à ma musique, et d’avoir des amis artistes et musiciens qui me comprenaient. C’est assez perturbant de confectionner sa propre oeuvre tandis que l’on est au service d’une industrie comme celle d’un art contemporain qui se vend des millions dans le monde entier.

Bref, tous ces boulots m’ont permis d’évaluer la qualité du temps consacré à mon travail de musicien. Alors que je travaillais entre des tournées européennes et américaines, j’ai commencé à m’améliorer en tant que perforer, et plus de gens achetaient mes albums. J’ai donc eu plus d’opportunités de concerts tout en gagnant de l’expérience en studio. je suppose que cela a affecté, dans le bon sens, mon son. Je persiste à penser qu’il peut toujours s’améliorer, et j’essaye sans cesse de viser plus haut.

EYES ON THE LINES

 

Pour Eyes on the Lines, j’ai voulu rassembler, justement, toutes ces expériences passées - aussi bien du point de vue de la musique que des textes. Mes deux précédents albums ont, en quelque sorte, préparé le terrain. EJ’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce que c’était d’enregistrer un album, et j’ai accepté les erreurs qui pouvaient en découler. Je voulais aussi que ce disque soit un peu plus puissant du point de vue sonique que mes autres disques, ce qui reflète aussi les progrès de mon groupe sur scène. Je me suis nourri de photos, de phrases jetées à la main sur un carnet, d’accords de guitare, des conversations entendues ici et là, des chansons passant à la radio…. C’était un peu comme si je créais un documentaire sonore à partir de toutes ces données. Et en studio, nous n’avons obéi à aucun plan défini. Car les meilleures idées viennent parfois en studio. 

Côté textes, je me suis davantage concentré sur l’environnement urbain plutôt que sur les beaux paysages pastoraux que j’explorais auparavant. Tout en poussant un peu plus le concept de l’abstraction. J’ai expérimenté l’écriture automatique et le compte rendu de poèmes, je me suis aussi essayé au double sens. Ainsi, l’auditeur peut interpréter les chansons comme il le souhaite.

  

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Jake Bugg

Jake Bugg-Philippe-Mazzoni

 

Dans ma famille, tout le monde aimait la musique sauf moi. Jusqu'à l'anniversaire de mes 12 ans. Mon oncle m'a offert une guitare et je ne l'ai jamais lâchée.

J'ai commencé à écrire des chansons très vite, à jouer dans les bals du lycée... Mes idoles : Van Morrison, Bob Dylan, Jimi Hendrix... Ce qui m'a révélé au grand public, c'est de faire les première parties de Noel Gallagher. Je lui en serai toujours reconnaissant. Je n'avais que 18 ans, mon premier album n'était pas sorti. Les frères Gallagher, ce sont des dieux vivants en Angleterre, même si Oasis n'existe plus. J'essaye de suivre leur exemple en essayant de ne pas trop trafiquer mon son, et d'en préserver l'authenticité.

En musique, il y a une seule règle à suivre : savoir se réinventer, retrouver ses origines, à Nottingham ou au Mississipi, sans perdre ce pour quoi les gens t'aiment.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Aymé

Ayme-Philippe-Mazzoni

Pourquoi et comment décide-t-on de se consacrer uniquement à la musique? 

Moi c'est un concours de circonstances. J'ai rencontré mon producteur Benjamin Salem, qui, par hasard, m'a fait chanter sur quelques pubs. J'avais le désir secret de faire un album mais je n'osais pas trop y penser, j'insinuais le truc doucement genre "ce serait trop cool que je fasse un album" puis on a fini par me le proposer. A partir de là, j'ai lâché mon activité dans le cinéma et c'est devenu ma priorité.

Quels sont les artistes qui vous ont donné envie de faire de la musique et, mieux encore, de monter sur scène?

J'ai toujours fait de la musique, mon père écoutait beaucoup de musique et faisais du piano... Assez mal ! Mais c'était quelque chose de très présent dans mon enfance. Je me souviens très bien de ma première émotion musicale : un vinyle de flûte de pan. Je me souviens m'être dit "c'est tellement beau". Je rentrais seul chez moi dès le CP et mes parents ne rentrait pas avant 20h, donc je passais mon temps à écouter des disques avec le son à fond. Quand c'était des lives, je mimais tout les instruments. Que des bons souvenirs ! Je crois que c'est tous les artistes de cette période qui m'ont formés. Il y avait Kate Bush, Peter Gabriel, Talk Talk mais aussi du Gainsbourg.

Quelle était l'ambition artistique de ce premier album? Aviez-vous une idée précise en tête?

A l'origine, je voulais faire un truc sur l'adolescence mais, très vite, c'est devenu quelque chose de beaucoup plus complexe. Avec d'un côté mes passions (ésotérisme) et convictions (politiques et scientifiques) d'adulte et de l'autre beaucoup de flashback de l'enfance ; et au milieu, ces sentiments adolescents de la rébellion, de la passion amoureuse, de la détresse. Cette espèce d'intensité permanente noyée dans le mal-être, et de laquelle on veut s'échapper à tout prix - quitte à rêver de pays imaginaires comme ceux de mes deux derniers clips.

Votre dernier coup de coeur artistique?

Julia Holter. Je suis tellement frappé par la liberté qu'elle s'octroie, que ce soit en terme de structure, de format des chansons et des thèmes abordés, tout ça avec une grâce incroyable. Sur le dernier album elle a vraiment travaillé avec des références pop, on entend les influences (ce que j'adore évidemment) mais elle fait ça avec tellement de personnalité. C'est très très fort.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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PJ Harvey / We Love Green 2016

PJ Harvey-Philippe-Mazzoni

 

Sublime. Juste sublime. Ce dimanche soir, après des sets déjà enchanteurs de Savages, James Blake et AIR, et des heures passées dans la gadoue (mais avec le sourire, la programmation étant au diapason), la reine Polly Jean a joué son nouvel album, The Hope Six Demolition Project, mais aussi des titres plus anciens, de "To Bring You My Love" à "The Glorious Land". Manches de chauve-souris, mini jupe en cuir noir, coiffure de prêtresse, voix d'une profondeur à donnerr des frissons, allure gracile mais présence d'un charisme quais foudroyant... Le tout accompagné par le fidèle John Parish à la guitare mais aussi deux batteries, un violon, des cuivres... Le public s'est incliné, littéralement conquis, devant le génie de PJ Harvey, décidément indétrônable. Gid Save Polly Jean !

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

Remerciements à Carine Chevanche et à l'équipe de We Love Green

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Savages

Savages-Philippe-Mazzoni

AYSE HASSAN : Pour Silent Yourself, l’enregistrement captait avant tout l’énergie de nos lives. Le process a changé sur Adore Life. Nous sommes allées trois semaines à New York pour jouer, explorer toutes les possibilités de nos instruments, travailler encore et encore. Ecrire en studio, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’improviser une chanson sur scène. Le son d’Adore Life est plus agressif, très pushy, nous voulions qu’il y ait plus de violence, plus de colère.

Nos deux albums ont été faits de façon très différente. Mais nous avons vécu deux années où nous avons changé en tant que musiciennes et personnes… il nous semble impossible de faire les mêmes disques.

JEHHNY BETH : C’est génial de changer. Quand je regarde ce que j’étais il y a deux ans, six mois ou encore la semaine dernière, je me dis à quel point j’étais stupide! En ne fut-ce qu’une journée, on peut découvrir des choses qui nous changent pour toujours. Adore Life parle précisément de cette évolution dont on est capable, à quel point nous pouvons changer, et à quel point la musique peut y contribuer. Des films, des livres, des personnes qui connaissent plus de choses que toi : tout ceci fait que la vie est si précieuse. Cela nous aide à grandir.

Adore Life parle aussi de notre expérience avec le public, son attention, sa fidélité, son amour à travers nos tournées dans le monde, nous a touchées, bouleversées.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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