Monogrenade

Monogrenade-Philippe-Mazzoni

JEAN-MICHEL PIGEON

COMPOSITE. Ce titre illustre bien le thème de l’album : la complexité humaine. Nous sommes la composition de tellement de paramètres, le bagage génétique, notre éducation, nos choix, notre entourage, le hasard... Je trouve que cette composition bien particulière à chacun est un peu comme le schéma de notre psychologie. 

GENÈSE. Nous l’avons envisagé un peu de la même façon que Tantale. Il n’y avait rien deprémédité, de préconçu. Un deuxième album est un moment important dans la carrière d’un groupe alors niveau ambition je pense qu’on espérait seulement ravir ceux qui nous écoutaient déjà ! Nous l’avons enregistré sur presqu’un an, contrairement à Tantale qu’on avait fait sur une courte période. Nous avons enregistré deux titres de passage à Paris, au Studio Lafrette. Le reste a été enregistré dans mon studio à Montréal, ce qui a permis à tout le monde de venir enregistrer selon son horaire. On a pu essayer plein de chose et prendre notre temps.

MONOGRENADE. Comme tout jeune groupe, j’aimerais beaucoup qu’on puisse défendre notre musique le plus possible. J’espère qu’on pourra créer encore et sans restriction financière. C’est tout de même difficile pour un groupe indie francophone de six personnes de faire des tournées et de se consacrer à la musique. Même si nous avons la chance de travailler avec des intervenants fantastiques ici et au Québec, le niveau de ressource et de soutien n’est pas toujours évident.
 
LE FUTUR ? J’ai peur qu’un jour tout le monde écoute la même chose. Une espèce de mondialisation menée par une économie qui oublie totalement la culture indie. J’ai peur qu’un jour on ne célèbre plus la différence et qu’on soit tous pareil. Mais bon... restons optimistes !

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Grand Blanc

Grand Blanc-Philippe-Mazzoni

PREMIER INSTRUMENT.

BENOIT Une guitare classique à 99.99€ (si on ne compte pas les flûtes à bec de l'école et le cor de chasse avec lequel je saoulais tout le monde chez mes grands-parents.)

CAMILLE  Une harpe celtique. Elle est arrivée tout droit de Bretagne dans un carton que je trouvais immense car j'étais vraiment minus, et puis forcément j'en ai fait une cabane.

PREMIER AMOUR MUSICAL.

BENOIT La honte sur moi: un morceau de trans 90's paumé sur une compil NRJ Music sortie quand j'avais 10 ans... ou un truc comme ça. Je voulais avoir les cheveux bleus et j'ai confessé à mes parents mon amour de la techno... creepy!

CAMILLE C'est In the court of the Crimson King de King Crimson. J'avais seize ans et je découvraismalheureusement de façon simultanée - pour moi même et pour mon entourage - les joints, les vinyles, le rock progressif, Blaise Pascal et les films en noir et blanc. Et les très grosses écharpes.

PREMIER CONCERT.

BENOIT Un concert de punk à la Maison des étudiants du campus de Metz, j'avais troué mon jean en scred', pris ma planche de skateboard et j'ai failli me faire taper par un mec en djellaba parce que je lui avais dit que son peignoir était cool (la vérité, ma mère ne doit pas lire ça.)

CAMILLE Je crois que c'est Placebo au Galaxie d'Amneville, près de Metz. J'étais en quatrième, j'avais eu des places VIP dont je n'étais pas peu fière et qui m'ont laissé entrevoir la possibilité de la venue de Brian Molko près de la table où ils donnent des petits fours dégueus. Il n'est jamais venu, j'étais triste.

PREMIER DISQUE.

BENOIT Offspring, Americana, même période que le concert kepon! Si tu comptes les deux titres ça craint nettement plus, mais je me rappelle qu'avec mon frère on avait chopé Gangster moderne de MC Solaar et Simple et funky d'Alliance Ethnik et ça ça va, j'assume!

CAMILLE C'est mes parents : ils m'ont offert History, le double album de Mickael Jackson. Sinon j'ai acheté pas mal de deux titres au Cora. Comme Gala par exemple, ou les 3T.

PREMIER CONCERT (AVEC GRAND BLANC)

On a monté Grand Blanc il y a deux ans environs et on jouait au caveau des Trinitaires (la salle de Metz) avec un ancien, dont on taira le nom, qui nous a dit que la manie de mettre des synthés et des instrus nous passerait. Et que franchement du blues old school en guitare-voix, c'était plus sérieux. Merci mec! On ne t'a pas oublié, bientôt l'album acoustique! 

PREMIER FOU RIRE.

Ensemble? Un mémorable à nos débuts c'est le visionnage du show des gagnants de Incroyable talents en Inde, les India Warriors... Ca mange du néon et ça se roule dessus en moto. C'était aussi notre première session home studio chez Luc à Bertrange, on enregistrait Montparnasse alors on avait besoin de légèreté...

PREMIÈRE FRAYEUR.

Sûrement la fois où Benoît s'est fait étaler dans un bar au festival du Printemps de Bourges parce qu'il avait un imper de "pédé" qui n'a pas plu à de solides et gaillards toulousains... On n'était pas encore Grand Blanc, il était bourré, les mecs aussi et on avait joué devant trois personnes dont un chien: circonstances atténuantes! C'était flippant mais finalement il s'est réveillé comme une fleur et a sobrement déclaré qu'il devait aller pisser. Le sens des priorités, quoi!

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Sebastien Schuller

Sebastien schuller-Philippe-Mazzoni 2

Heat Wave est d'ailleurs un très beau titre, empreint d'une certaine poétique... Que vous évoque ce mot, "wave"?

"Heat Wave" vient un peu de l’observation des étés lourds et moites que l’on rencontre sur la Côte Est des Etats-Unis, de Philadelphie à Miami ; et des tempêtes tropicales de fin d’été - de l’imagerie que j’ai pu me construire autour. Le mot "wave" est aussi un mot que j’ai toujours aimé lier au courant cinématographique. Pour la musique, je le percevais comme un renouveau, un mouvement qui viendrait vous prendre, vous toucher où que vous soyez.

Plus affirmé dans une démarche électronique, en quoi Heat Wave est-il un accomplissement artistique pour vous?

Mes albums témoignent à chaque fois de mon état d’esprit, de mes envies et réflexions personnelles qui, du coup, en deviennent des accomplissements artistiques. Je me souviens de chaque situation, chaque détail et de quelle manière j’ai pu créer chacun de ces titres car ils sont tous très liés à des moments de ma vie.

Mais il est vrai que j’avais depuis longtemps envie de faire des titres plus rythmiques et plus dansants. Je me suis replongé dans mes souvenirs d’adolescence à l’époque ou je découvrais la musique New Wave, une influence musicale qui m’a acompagnée pendant tant d’années... et que je n’avais pas encore vraiment reussi à faire ressortir. En tout cas, le ying et le yang s’entrelacent trop chez moi pour pouvoir en faire ressortir qu’un seul côté malgré les éléments rythmiques du disque.

Le morceau "Tropical Storm" témoigne d'une genèse particulière...

À l’approche de l’ouragan Irene, je me souviens m’être promené à vélo sous des pluies chaudes avant que les arbres ne commencent à s’agiter fortement. Je pense que j’ai simplement essayé de reproduire certains des sons que j'avais pu entendre. J’avais aussi la sensation que le thème de clavier et d’orgue de ce morceau ressemblait à une face B imaginaire d’un 45t de Roxy Music que je n’ai peut être jamais écouté!

 

Pour écouter le superbe Heat Wave, c'est ici. 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Giana Factory

Giana Factory-Philippe-Mazzoni

LISBET, LOUISE & SOFIE

Comment vous êtes vous rencontrées ?

En école de musique. Nous avons mis beaucoup de temps à trouver notre mode d'expression. Nous sommes passés par beaucoup de genre de chansons, de sons, nous avons essayé une tonne d'instruments... Et Giana Factory a enfin vu le jour. 

Pour vous, qu'est-ce faire de la musique ?

Sofie: Pour moi, un musicien est quelqu'un qui ne pense qu'à écrire des chansons et à composer des mélodies. Quel que soit son niveau.
Louise: Je ne joue pas vraiment d'instrument autre que ma voix, je me considère plutôt comme une auteur plutôt qu'une musicienne. J'ai l'impression que je dois évoluer encore... Et tant mieux !
Lisbet: À 10 ans, j'ai réalisé que je ne pouvais pas vivre sans faire de la musique et j'ai donc fondé mon premier groupe.

Votre premier amour musical ?

Sofie : Brian Eno. 
Louise: Lenny Kravitz.
Lisbet : Led Zeppelin.

Que vous a apporté l'expérience de votre premier album ?

Avec Save the Youth, nous avons appris sur le tas. Nous avons été musiciennes, techniciennes et productrices au fil des étapes. C'était indispensable pour nous qui souhaitions être indépendantes. 

Quelle est l'histoire de Lemon Moon ?

Il fallait garder les chansons aussi pures que possible. Avec notre producteur Anders Trentemoller, nous avons visé un son à mi-chemin entre l'analogique et l'électronique. L'album est une sorte de voyage, de passage vers l'inconnu. C'est aussi pourquoi nous avons appelé l'album Lemon Moon ; la lune est en constante évolution et d'après nous, il existe une relation mystérieuse entre la lune et le citron. L'échelle est très différente, mais leur forme et leur couleur sont similaires. Cela joue sur notre perception de ce qui est irréel ou pas...

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Benjamin Booker

Benjamin Booker-Philippe-Mazzoni

 

Bidouiller sur l'ordinateur de ma soeur... Ce que je faisais pour le plaisir est devenu un album. J'ai découvert très tard le rock'n'roll car mes parents écoutaient peu de musique, et quand un disque passait à la maison, c'était de la soul, du gospel... des black songs avant tout. Je n'ai pas la même éducation artistique que la plupart des rockeurs d'aujourd'hui. J'étais au lycée quand j'ai découvert les sons qui m'influencent encore aujourd'hui, des Rolling Stones à Jack White. Mais j'aurais eu la possibilité, des années durant, d'écouter des chansons qui venaient profondément de l'âme, de la soul déchirée. Je les porte encore en moi.

J'habite à la Nouvelle-Orléans. C'est un choix car je viens de Floride, et je ne voudrais pas retourner y vivre. J'ai trop de chose à vivre ici. J'aime Nashville, New York, Paris, mais quand je suis loin de la Nouvelle-Orléans, son authenticité, son énergie mais aussi ses blessures me manquent. Ce sont elles, aussi, qui ont nourri mon premier album. Au moins autant que le whisky et le tabac!

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Peter Matthew Bauer

Peter Matterw Bauer-Philippe-Mazzoni 2

 

En février de l'année dernière, j'ai tenté une échappé en solitaire des Walkmen. Il s'agissait avant tout de faire un album dont le sujet différait de tout ce que l'on peut habituellement entendre dans le rock. Ce qui correspondait, essentiellement, à ce que j'ai en tête et dans le coeur.

Le titre de mon album, Liberation! résume tout ce qui s'y est déroulé. En solo, je me suis aussi donné la chance de pouvoir chanter. D'apprendre, en tout cas. J'aimerais recommencer à zéro, faire quelque chose que je pourrais poursuivre jusqu'à la fin de ma vie. Et ne pas finir ruiné et seul dans le caniveau! 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Sean Nicholas Savage

Sean Nicolas Savage-Philippe-Mazzoni

 

Mon premier coup de foudre musical ? Les cheveux de Kurt Cobain.

La première chanson que j’ai écrite s’appelait "Rotten", c'était une espèce de titre très british qui parlait d’une fille particulièrement méchante. Pour ce premier album, Bermuda Waterfall, je voulais m’exprimer du point de vue spirituel, en tout cas avec mes textes, et en accord avec mes amours, ma foi. Et ma souffrance. Du point de vue musical, il faut savoir s’écouter attentivement.

Nous sommes ce que nous mangeons, et je suis toujours à l’écoute de ma faim. Pour ce, j’ai stoppé le feu qui brûlait en moi et j’ai laissé ma confiance s’épanouir. J’attendais ça depuis longtemps.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Angus & Julia Stone

Angus  Julia Stone-Philippe-Mazzoni

 

DUO POUR DE BON. Nous n'avions jamais écrit ensemble pour nos albums précédents, et nous avions envie de tenter l’expérience. Nous avons bien fait, n’est-ce pas?

LA MUSIQUE. Nous sommes tombés amoureux du son de la guitare basse. C’était ce que nous entendions le soir, enfants, en nous endormant, lorsque le groupe de notre père répétait dans le garage. C’était un son si chaud... Etre entre éveil et sommeil et cette faible fréquence qui résonnait à travers les murs.

RICK RUBIN. Quand il rentrait dans la pièce où nous avions commencé à travailler, d’un seul coup, nous jouions et chantions avec plus d’intensité. C'est une chose difficile à exprimer, mais ce producteur possède quelque chose de magique ! Il est très détendu, et nous a laissé prendre notre temps - ce qui était nécessaire.

BONHEUR. Nous vivons dans une ville magnifique, nous voyageons avec des gens que nous aimons, nous chantons l’amour… Nous sommes aussi heureux qu'un être humain peut être! 

   

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Sharon Van Etten

Sharon Van Etten-Philippe-Mazzoni 2-1

Si j’étais...

Un animal : un poisson.
Un sentiment : l'étourdissement.
Une plante : du chèvrefeuille.
Un objet : une couverture.
Une saison : l’automne.
Une ville : Savannah.
Un personnage biblique : Noé.
Un instrument: la guitare sèche.
Un réalisateur : Agnes Vard.
Un auteur : Anais Nin.
Un poète: E.E. Cummings.
Une oeuvre d’art : Les Amants de René Magritte 
Un photographe : Vivian Maier.
Une couleur: violet.
Une autre chanteuse: PJ Harvey.

 

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Lapland

Lapland-Philippe-Mazzoni 2

JOSH MEASE

 LAPLAND. J'enregistre un disque une fois que j'ai écrit mes titres et trouvé le moyen de les enregistrer... Lapland s'est donc créé tout naturellement. Le thème de cet album, qui m'est apparu une fois que je l'avais terminé, c'est la disparition. Ce sentiment d'être perdu. Les paroles ne sont venues qu'après la mélodie. Il faut savoir que mon côté perfectionniste ressort pleinement lorsque j'enregistre - j'ai tendance à être assez névrosé et inquiet. Malgré tout, je pense avoir appris à me détendre au fil des années...

INFLUENCES. Je me souviens des chansons qui passaient dans la voiture quand ma mère conduisant. Beaucoup de titres de Fleetwood Mac, époque années 80, comme "Sara" ou "Hold Me". Mes parents écoutaient aussi de la country, celle de Willie Nelson ou de Merle Haggard. Après ça, j'ai écouté la discographie intégrale des Beatles, et encore après ça, j'ai été obsédé par le jazz pendant un bon moment.

RÉSUMÉ. Si je devais choisir trois mots pour décrire mon album, ce serait Dreamy Chill Pop - cette pop qui donne presque la nausée.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Juana Molina

Juana Molina-Philippe-Mazzoni-1

 

SOUVENIRS (BONS et MAUVAIS)

En 2004, après de longues années à être ignorée par le public local de Buenos Aires, il y a eu un concert au théâtre national de la ville. Habituée à des foules de 30 personnes, j’ai demandé au staff de la salle de mettre en place le grand rideau qui coupe la salle en deux pour que ça ne fasse pas vide – la capacité est de 800 personnes – mais il ne l’ont pas fait. Alors que j’attendais dans les loges, une amie a ouvert la fenêtre et vu une queue de deux pâtés de maisons. "Ha ha", lui ais-je répondu, "bien essayé"... Mais quand je suis arrivée sur scène, la salle était pleine à craquer. Fauteuils, strapontins, allées, rampes, escaliers. Un grand silence. 1200 personnes sont venues. J’étais en état de choc. Pour la première fois, j’ai senti que je touchais chacune des âmes. Mon ami Alejandro Ros faisait les lumières...ou les ombres devrais-je dire ! La pièce était quasi dans l’obscurité et c’était un pur bonheur.

Deux ans avant ça, il y a eu un concert dans un club de jazz. Je ne savais rien du son live... Je ne pouvais pas dire à l’ingénieur du son ce qui n’allait pas. La seule chose que je pouvais dire était que je ne pouvais pas jouer comme ça. Le soundcheck a duré une éternité et n’a rien arrangé. Il y avait quelques personnes en train de boire un verre. J’était complètement frustrée. Quelqu’un est venu et m’a dit que je devrais commencer à jouer. "Ne devrait-on pas attendre que ces gens partent pour que le public puisse rentrer ?" ai-je demandé pendant que je voyais des gens rentrer. Il m’a répondu: "ces gens-là SONT le public". Quoi?! J’ai voulu m’évanouir, disparaître. J’étais comme s’ils m’avaient vu nue. Comme si un soupirant caché m’avait vu essayer plusieurs robes, différentes coiffures, me trouvant hideuse. Comment pouvez-vous ensuite prétendre être la fille la plus cool du monde ?

Le concert fut terrible, personne n’ouvrit la bouche (rappelez-vous que j’étais une comédienne célèbre). À la fin, n’y tenant plus, j’ai dit: "Je vais jouer cette chanson pour que vous puissiez partir" et j’ai mis "Sonamos" sur un lecteur de CD. Je me suis levée pour fuir dans les backstages... Mais il n’y avait pas de backstage.  Aucun endroit où aller. Juste un mur. Alors je m’y suis appuyée, face à lui, bras croisés, en attendant d’entendre le silence. Après ce qui m’a semblé une décade, quelqu’un touché l’épaule en me disant que tout le monde était parti. Il restait juste un couple, moitié horrifié, moitié inquiet. Il m’a demandé: "Juana, que s’est-il passé? On est venus pour passer un bon moment!". Des années plus tard, j’ai réalisé que le problème était simplement que le volume était trop fort...

LA MUSIQUE

Ce que j’aime le plus dans chaque album, c’est de le faire.. De déterminer d’en faire un et de commencer le processus. Après quelques jours, on arrête de “faire” et les choses arrivent, tout se passe tout seul. Il n'y a pas de pensée. On devient ce qu'il se passe. J’ai eu juste une règle sur cet album en particulier: éviter les chemins connus.

Les influences sont juste des ingrédients. Elles sont les outils inconscients avec lesquels vous travaillez. J’ai toujours évité et écarté ce qui me rappelle des choses déjà existantes. Je ne vois pas l’intérêt de (re)faire ce qui a déjà été fait avant.

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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We Were Evergreen

We were Evergreen-Philippe-Mazzoni 2

 

FABIENNE, MICHAEL & WILLIAM

Michael :

J'ai rencontré Fabienne à un cours de théâtre. J'ai pensé qu'avant je n'aimais pas les filles aux cheveux courts, mais que 
ça lui allait bien. J'ai rencontré William la veille de notre premier concert ensemble; je crois
 que j'ai été impressionné par 
sa capacité à caler facilement des rythmes sur des chansons qu'il n'avait jamais entendues auparavant.


Fabienne :

J'ai trouvé Michael très drôle et sympathique, on s'est vite bien entendu, parmi
un groupe d'amis avec lesquels on faisait nos études. J'ai été assez intimidée, il avait plus d'expérience musicalement et techniquement.


William:

Je connaissais donc un peu Fabienne du conservatoire, et quand elle m’a demandé de jouer avec elle et Michael, j’ai aimé la simplicité et la naïveté avec laquelle elle se lançait dans cette aventure. C’est aussi ça que j’ai aimé chez Michael, cette façon simple et efficace d’écrire de bons morceaux pop sans se poser de questions.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Hamilton Leithauser

Hamilton-Leithauser-Philippe Mazzoni

BLACK HOURS. La première chanson de l'album, 5 AM, a vu le jour grâce à deux autres morceaux:  "The September of my Years" et "In The Wee Small Hours" de Frank Sinatra. Dans chacun de ces titres, il joue le rôle d'un personnage, un homme nostalgique, victime de hauts et de bas, qui se complaît dans son malheur. Une porte ouverte à tous les drames. Evidemment, personne ne peut croire que Sinatra ne va pas bien, car c'est une superstar interplanétaire. Il l'interprète de manière si intense que c'en est presque absurde, mais sans jamais être clownesque. Ces chansons sont incroyables, sa voix exceptionnelle, et on s'amuse tout du long, malgré leur aspect tragique. J'adore. Avec cet album solo, je voulais quelque chose d'à la fois sombre et de night-clubesque, si je puis dire.

ROCK'N'ROLL ORCHESTRAL. Après The Walkmen, je me suis retrouvé seul, avec ce désir irrépressible d'aller le plus loin possible du point de vue musical. Ce qui singifiait me décrocher du rock'n'roll... ou plutôt de celui que je jouais jusqu'ici. D'abord, j'ai du me tenir éloigné des batteries boom-boom-boom et des guitares brutes de décoffrage. J'ai commencé à composer autour des cordes. J'écoutais ces disques de Frank Sinatra, mais aussi Billie Holiday et Cole Porter, et j'ai réalisé que je pouvais totalement changer ma voix en changeant le line-up du groupe. Je m'imaginais un album très minimal, les deux premiers titres en témoignent, "5 AM" et "The Silent Orchestra", sauf que j'ai reçu un appel de Rostam Batmanglij, qui m'a demandé si je voulais qu'on écrive quelques chansons ensemble. Il ne vit pas loin il est passé et là, coup de foudre musical, et grande entente amicale. Il voulait partir sur du rock'n'roll, ce que je ne voulais surtout pas, puis, après quelques clash, nous nous y sommes attelés. Le résultat, c'est "I Retired". Quelques semaines plus tard, nous avons repris notre dialogue, et avons écrit "Alexandra". C'était du rock, mais c'était amusant, enfin. J'étais si étonné... Ce disque m'a réconcilé avec le rock'n'roll, ce qui était vraiment loin d'être envisageable.

SOLO OR NOT SOLO. J'aim travailler avec d'autres personnes. Cela peut paraîte ironique de dire ça maintenant, alors que je viens de quitter mon groupe, mais c'est la vérité. Le problème avec The Walkmen, c'est que nous sommes tombés dans un mauvais schéma, où chacun avait endossé un rôle, et cela commençait à me sembler vraiment répétitif. J'adore ces mecs et j'espère bien retravailler avec eux un jour mais aujourd'hui, rencontrer de nouvelles têtes est tellement excitant! Surtout après voir vu les mêmes personnes pendant 15 ans. Je passe 90% de mon temps seul et, si je dois créer avec d'autres, il faut que ça en vaille réellement la peine. 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Beaty Heart

Beaty Heart-Philippe-Mazzoni-2

 

CHARLIE ROTBERG, JOSH MITCHELL & JAMES MORUZZI 

PREMIÈRE RENCONTRE.

CHARLIE: Nous nous connaissons tous depuis une éternité - nous étions à l'école ensemble. Dans la salle de classe, James me courait après avec une paire de baguettes de batterie, pour se moquer de lui.

PREMIÈRE CHANSON ENTENDUE.

JAMES: Le son du coeur battant de sa mère.

JOSH: Whitney Houston, elle était numéro 1 partout à ma naissance.

CHARLIE: Alanis Morrissette dans la voiture avec mes parents, je me souviens des paroles de "Chicken shit" et c'était d'une violence!

PREMIÈRE CHANSON ÉCRITE.

JOSH : Elle s'appelait "Sammy the Sealion", je ne m'en souviens pas très bien mais ça ne devait pas être terrible.

PREMIER AMOUR.

JAMES: J'adorais la fille moche des Sugababes. Mais en grandissant, j'ai réalisé qu'elle n'était pas si dingue que ça.

PREMIER ALBUM.

CHARLIE: Il marque la fin de trois années de gestation du groupe. Nous l'avons écrit durant un hiver qui ne semblait jamais finir, et c'est sans doute pourquoi cette musique convient parfaitement à l'été. 

  

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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Sarh

Sarh-Philippe-Mazzoni-1

DJ PONE & JOSÉ FONTAO

Comment vous êtes-vous rencontrés - vous qui venez chacun de deux univers assez distincts ?  



DJ PONE: Nous nous croisions déjà en festival, nous nous retrouvions sur les mêmes plateaux avec Stuck et Birdy Nam Nam... Mais c'est en club, par l'intermédiaire d'un ami que nous avons réellement été présentés. 
Je cherchais à travailler avec un chanteur et  Jean Nippon m'a naturellement dirigé vers José qui se trouvait alors à l'autre bout de la pièce, dans les loges du Social Club. Nous avons discuté et, dès le lendemain, nous étions chez moi à écouter des instrus. 



D'où est venue l'idée de faire cet album ensemble?



José est reparti de chez moi avec l'instru de "Urquinaona" et de "Sailing With Lost Souls". Moins de 24 heurs après, il me renvoyait des maquettes avec ses voix, le résultat était magique, très libre, spontané,efficace.. Nous avons commencé à nous voir tout le temps, apprendre à travailler ensemble et à nous connaître aussi. Mais c'était sans cahier des charges, à l'instinct. Petit à petit, nous avons bossé les compos ensemble, ça allait assez vite et nous nous sommes retrouvés avec de quoi faire un album. C'est aussi simple que ça!



Quel était votre objectif commun du point de vue musical ?



Nous avons fait ces morceaux à des moments charnières de nos vies personnelles, nous traversions des phases difficiles et aussi très belles... Cette symétrie de nos vécus a teinté l'album de manière assez forte... Nous réalisions aussi quelque chose de différent de ce qu'on faisait chacun de notre côté. Pourtant, ce disque nous ressemble. C'était normal de le faire, un peu comme si nous suivions une thérapie de groupe à deux!



D'où vient le choix de ce nom, Sarh?



La ville de Sarh se trouve au Tchad. Le père de José y est né.
 Il y a de nombreuses matières rythmiques directement inspirées ou samplées de musiques africaines dans l'album, et, quand José a proposé Sarh, c'était évident. Il y a un truc aride et chaud dans ce disque. Nous voulons le défendre sur scène, emmener les gens dans une ambiance et qu'ils n'en ressortent qu'à la dernière note du concert... Nous repartons chacun de zéro, nous touchons un public différent et nous attendons avec impatience que notre album soit écouté.

 

Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni

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