
Vers l'âge de 17 ans, je sortais avec une fille qui aimait la bonne musique. Avant, je ne connaissais que les Beatles, les Kinks et les Who. Elle était branchée Pink Floyd, Velvet Underground... Elle avait un côté années 60, avec du maquillage smoky, des robes très particulières. Ensemble, on a découvert le vin rouge et les olives. C’était la première fille avec qui j’ai été intime. Mais j’ai aussi commencé à fumé des mauvaises choses à cette époque.
Un peu plus tard, c'est encore une autre de mes fiancées qui m’a initié à Pavement. Moi, je suis fainéant je ne vais pas vers de nouvelles musiques mais grâce à ces deux filles, mon horizon sonore a changé. Les filles peuvent t’apprendre beaucoup en musique... Elles t’ouvrent l’esprit!
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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RENCONTRE. C'était à l'université de Leeds, alors que nous étudions les Beaux-Arts. On a commencé à faire de la musique ensemble dans nos chambres puis à faire un concert par ci ou par là. Joe avait déjà écrit des chansons avant d'arriver à la fac, et voulait trouver des gens qui pensaient comme lui pour former un groupe et, en quelque sorte, personnifier ses chansons.
AN AWESOME WAVE."But we do, and relief washes over me in an awesome wave" - Bret Easton Ellis, American Psycho. Nous en parlons dans notre morceau "Bloodflood",mais dans le sens où la vague se remplit de peur. Nous avons toujours toujours aimé cette phrase, et nous nous sommes toujours dit que ce serait aussi le titre idéal d'un premier album. Les références artistiques, littéraires et personnelles sont aussi importantes que les influences sonores. Écrire une chanson en ne pensant qu'à la musique qu'on aime n'est pas très constructif, et ne permet pas d'aller si loin que ça dans le processus de création.
NOTRE PLUS GRAND DESIR. Que notre premier album soit suffisamment acceptable pour que les gens l'aiment.
NOTRE PLUS GRANDE PEUR. De réaliser que nous n'avons plus assez d'idées pour faire un album. Ce serait terrible.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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Bandes Sonores a le plaisir de vous introduire celui qui s'invitera de temps à autres, en toute légèreté et pertinence, sur notre site: Clément Schneider. Au lieu de la bouteille de vin et des fleurs, c'est avec ses films Super8 plutôt conceptuels, carrément attachants et, comme leur nom l'indique, parfaitement inutiles, qu'il nous fera la joie de sa visite. Affaires à suivre sur Bandes Sonores!
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CORRINNA REPP.
ENFANCE. Je suis née dans l'Oregan, et, à partir de mes 6 ans, ma famille a beaucoup déménagé: à Hawai, dans l'Indiana, dans le Missouri... J'étais toujours la petite nouvelle en classe, à chaque fois je devais me refaire des amis... C'est sans doute pour cette raison que je suis devenue d'une sociabilité à toute épreuve!
DEBUT. Mon père jouait de la guitare, mais, en tant que fille, surtout habitant dans le Midwest, j'avais du mal à me projeter avec cet instrument. Après le bac, j'ai filé en Californie étudié la biologie. Lorsque j'ai commencé à faire de la musique, j'ai réalisé que la musique n'était pas tout à fait mon truc. La première fois que je me suis retrouvée dans ma chambre à chanter devant un micro a été la chose la plus importante de ma vie. Le silence, le chant... Je ne l'oublierais jamais.
INFLUENCES. The Cure, Siouxie and The Banshees, Joy Division, c'est ce qui m'a fait ouvrir les yeux sur les sons que j'aimais, même si ce que je fais aujourd'hui en est très éloigné.
A MONUMENT. J'ai eu très peur que ce soit déjà pris, mais après une longue recherche, nous avons juste trouvé un album qui s'appelait Monument. C'était un groupe country des années 70, donc aucun rapport avec nous. Dans la chanson, le monument désigne une histoire d'amour, mais le terme est tellement... grand que chacun y trouvera son interprétation. Une révélation, un deuil, une rencontre, un arbre... Tout est possible.
ANTI-BLUES. Je vais raconter la même chose que tout le monde, mais écrire une chanson, c'est thérapeutique, comme peindre une peinture ou diriger un orchestre. Je suis quelqu'une de positif, mais j'ai, comme tout le monde, des moments de down assez conséquents, que je ne pourrais sans doute pas surmonter sans musique. A Monument est très personnel car après un album solo, très intime, et le premier album de Tu Fawning, plus distancié, je me suis sentie prête à trouver le juste équilibre. Et d'être cinq aujourd'hui a complètement changé la donne, le travail n'est plus juste un duo avec Joe (Haege, l'autre pilier fondateur du groupe, ndlr), mais une création collective.
PORTLAND. C'est une petite ville, même si je pense qu'il y a un bon million d'habitants! C'est aussi un endroit idéal pour musiciens. Je vis près du centre, je cours les boutiques de fringues vintage... C'est là où j'ai déniché la robe rouge que je porte sur la photographie de la pochette de A Monument. Un peu de futilité ne fait jamais de mal, n'est-ce pas?
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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HENRY WALTON: L'album s'appelle Language car nous parlons de ce qui nous lie tous les uns aux autres, et c'est bien souvent le meilleur moyen de communication. COn passe sa vie à chercher le bon mot à dire... même si c'est souvent raté! Nous sommes cinq, et il a fallu beaucoup travailler ensemble pour que chacun puisse avoir son mot à dire. La créativité pure, ça peut se partager, mais il faut prendre son temps. Il fallait aussi que nous puissions nous jauger, mesurer qui pouvait tenir le coup ou pas. Ca ira sans doute plus vite pour le second album!
WILL DAUNT: Nous voulons faire de la musique depuis longtemps; et malgré nos jobs que nous devions garder pour manger et payer le loyer, il y a une envie irrésistible de manipuler la pureté des sons, question de voir où ça nous emmène. Notre objectif, c'est la pop, mais une pop profonde. La guitare se doit alors d'être sombre, parfois même violente.
Une bonne pop song doit capter une idée, une atmosphère. C'est pour cela que nous avons passé des heures et des heures en studio, souvent fatigués mais toujours heureux de choper, au beau milieu de la nuit, le bon son.
La musique révèle notre personnalité. Nous la prenons très au sérieux car elle nous permet de refaire le monde.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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SES CHANSONS. Ma musique, ça ne peut pas être plus moi que moi. J’écris et je compose en même temps, j’ai déjà les arrangements en tête, tout me semble naturel. Il n’y a pas de barrières, ni de protection. Je détesterais me retrouver sur scène à chanter des choses qui ne sont pas vraies. Je ne peux pas me regarder dans le miroir en me disant que je suis une menteuse. Quand je joue pour mon public, c’est la chose la plus sincère que je fais. Et quand je ne suis pas bien, je préfère annuler plutôt que de ne pas offrir le meilleur pour eux.
COUP DE BLUES. J’ai mis beaucoup de temps à me poser des questions, car j’ai enchaîné deux tournages et c’est au milieu de ma tournée que j’ai eu un énorme contrecoup. Je me suis sentie malade, moralement et physiquement. D’autant que le rôle du film dont je sortais, je jouais le rôle d’une hystérique dans les années 80, je devais me frapper, simuler des agressions extrêmement violentes. Aujourd’hui, je viens de remonter la pente, j’ai réussi à me défaire de ce personnage. Pourtant, je n’ai jamais été dans le trip de l’actrice qui se fait dévorer par son métier, mais là, je me suis pris le rôle en pleine face !
PREMIER ALBUM… ENFIN. Travailler dans des studios qui coûtaient cher, ça m’a ruinée et ça ne m’a rien apporté. Je ne pouvais pas produire selon une deadline à respecter. J’ai pensé à plein d’autres idées, comme faire un album entièrement country, avec mandolines, violons et contrebasses. Puis j’ai pris un break, et j’ai continué à écrire dans mon coin, à mon rythme. Prendre mon temps. Celui qui m’a aidé à finir mon album, c’est le producteur Fritz Michell, qui a fait le dernier album d’Elliott Smith. Il a décidé, lui aussi, de prendre le temps. On ne bossait que cinq heures par jour, parce que sinon après tu perds ton intention. Ca a duré huit mois...
NOMADISME. Ca fait un an que je suis partie de Los Angeles, et que je n’ai plus de maison, ni d’amour. Je n’ai fait que travailler. Je ne sais pas quand je pourrais m’y reposer, dans tous les sens du terme. Mais ça ne me dérange pas : j’ai besoin d’être tout le temps en boulimique créative. Paradoxalement, j’ai besoin d’être seule pour écrire, pour digérer mes émotions. J’ai besoin d’une semaine à ne rien faire pour écrire une chanson. C’est pour cette raison que je ne veux pas trop me perdre dans les tournages de films. La musique avant tout!
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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LE PROBLÈME. Les temps actuels sont effrayants. Nos leaders sont des fous qui ne savent pas vers quoi ils vont, et ils ne nous emmènent nulle part. Les enfants ne savent plus comment grandir, les parents ne savent plus comment éduquer, il y a des écrans partout, de téléphone ou de télévision. La télé, c’est une “lanterne lunatique”, comme disait mon grand-père. C’était un violoniste extraordinaire, un sage comme on n’en fait plus…
LA SOLUTION. Il faut se replonger dans la nature, ça inspire - dans tous les sens du terme. Quand je pars me promener avec mon chien dans les bois de Sheffield, je peux revenir chez moi avec la chanson du siècle en tête. Ou en tout cas une bonne chanson! Mais il n’y a pas que la nature, les arbres et les fleurs, il existe également la simplicité du quotidien, ce que l’on voit quand on ne regarde pas trop la télé, justement. La chaleur d'une poignée de main, la beauté d'une femme ou la douceur d'un sourire...
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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LUKE TEMPLE.
Nigel Godrich a apporté du souffle à notre album, de la 3D, ce qu’on n'aurait sans doute pas réussi à faire sans lui. Allier la pop à l’émotion… C’est un maître en la matière.
J’ai écrit ces chansons à une époque où je me sentais très heureux dans ma vie. Mais la progression technologique ne nous empêche pas d’être seuls, de nous sentir seuls les uns par rapport aux autres.
A Different Ship s’appelle ainsi car c’est un album qui représente une nouvelle étape pour nous, outre le fait que nous aimons l’image, et que chaque chanson et, quelque chose, un navire qui vogue à sa guise, tout étant les uns après les autres.
J’espère que nos concerts vont être de mieux en mieux, que le public sera de plus en connecté à nous, et, selon mon humble opinion, A Different Ship peut largement y contribuer. J’ai l’impression qu’il peut vraiment rassembler…
Nous ne faisons de la musique que pour continuer à faire des disques, l’argent nous fait vivre mais n’est pas notre objectif premier - ce serait stupide, d'ailleurs, vu ce que gagnent de simples musiciens comme nous. Mais nous sommes heureux car notre but avant tout, c’est de faire vibrer les gens.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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Le Ma, c’est un concept japonais : un espace-temps, un entre-deux, un vide entre les choses. Comme en musique, un silence entre deux notes, ou le métro entre le travail et la maison. Dans cet album, il y a beaucoup de symbolique sur la géographie, le voyage : entre deux villes, deux pays, deux histoires… Et c’était aussi mes initiales à l’envers… MA s’imposait !
J’ai fait des tournées, j’ai vécu à Paris… « Hotel Amour », par exemple, je l’ai écrite dans une de ses chambres. En rentrant chez moi au Québec, je me suis posée - dans un quartier multi culturel, bilingue. Je voulais trouver le mot juste, entre quatre murs, pour prendre possession de tous mes outils, de tous mes instruments. J’ai fini par réaliser quasiment seule l’album. J’en suis heureuse, et très fière !
Je savais que je me lançais dans une aventure en proposant quelque chose d’à la fois abstrait et personnel, mais je ne le regrette pas. C’est mon quatrième disque, et j’ai l’impression que c’est la fin d’un cycle. Malgré le fait que ce soit autant en anglais qu’en français, j’ai trouvé ma cohérence. Je n’étais pas obligée de me cantonner à la chanson française…
MA est très personnel, bien sûr, mais, pour la première fois, cet album n’était pas mon journal intime. J’étais en analyse, donc passionnée par les mots, et c’est ce qui se retrouve dans ces chansons-là. Je peux être sincère sans décrire des sentiments que je vis moi. Il y a un côté cinématographique dans ce disque, des mises en situations… Il y a aussi beaucoup de choses m’inspirent : aussi bien l’électro des années 80 que le rock brut, comme celui des Black Keys. Il y a de tout cela dans MA.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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ANTON NEWCOMBE.
Pourquoi appeler ce nouvel album Aufheben?
J'aime jouer avec les significations des mots, voir comment ils s'adaptent au temps et à mes pochette. Celle de cet album représente un message que les vaisseaux spatiaux envoient hors des frontières de notre système solaire... Ils transmettents aux potentielles autres vies de l'univers des informations sur notre planète, nos langages, nos cultures... Je me suis dit que ce serait drôle d'y rajouter le mot "aufheben" qui signifie "abolir".
Votre musique est toujours aussi aventurière. Comment faites-vous?
Je suis juste moi-même. On voit d'autres artistes voler des chansons aux autres et le camoufler grâce au travail de leurs producteurs, et leurs labels les payent pour ça! Quand ils ne sont pas juste la sensation d'une saison... Pour ma part, je compose une bande sonore pour les cieux, pour Dieu, qui se jouera toujours dans le cinéma de mon imagination.
Pouvez-vous nous parler de ce morceau, "Viholliseni Maalla"?
Le mot signifie "dans le pays de mon ennemi". Je pense toujours au titre en premier, avant d'enregistrer les chansons en autant de langages que je peux. Seule la culture m'intéresse, j'emmerde les nationalités. Je ne suis pas un esclave! Je suis contre la machine, et donc pour la notion d'humanité.
Quelle est votre définition de la liberté?
L'aimer et la personnifier.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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La qualité que vous préférez chez un homme ?
La gentillesse.
Et chez une femme ?
Le charme et l’intelligence.
Si vous étiez un oiseau ?
Une colombe - c’est un très beau morceau de Messiaen...
Le dernier livre que vous ayez lu ?
Les Mémoires de Daniel Filippaci, très drôles.
Le dernier disque que vous avez écouté ?
L’Amour, l’Argent, le Vent de Barbara Carlotti.
Si vous deviez quitter votre maison dans la minute, qu’emporteriez-vous ?
Une lettre de mon père. Je ne sais pas où je l’ai foutue, il faudrait que je la retrouve!
Votre définition du bonheur ?
Je ne sais pas ce que c’est, car je n’ai pas de savoir-vivre au sens propre du terme. Je ne sais pas apprécier à leur juste valeur les choses agréables. Etrangement, je suis plus à l’aise dans les périodes difficiles.
Votre définition du malheur ?
Savoir qu’on va mourir. C’est ce qui m’empêche, sans doute, de profiter des bons moments...
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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DÉBUTS. Je suis né et j'ai grandi à Londres, au nord de la ville. Aujourd’hui, je vis à Camden. J’ai fait des études normales, sans grande conviction, et après le bac je suis allé à la fac pour faire plaisir à ma mère – mais en musicologie, question de me rapprocher plus de la musique. Je n’avais aucun contact, aucune connexion, mais je me suis débrouillé tout seul. Or, je n’avais toujours pas assez de temps pour mes chansons, et j’ai laissé tomber au bout de deux ans. J’avais 20 ans, et j’ai vécu de petits boulots et de musique.
HOME AGAIN. J’étais très heureux la première fois que j'ai écouté mon album en entier, en mastering. C'était en janvier dernier. C'est un album enthousiaste, rempli de bonnes vibrations. Il faut dire que tout me remplit de joie. Par exemple, j’adore être en tour bus et manger des sandwiches sur les aires d'autoroute... pour l'instant!
LA MUSIQUE. Ne plus jouer ni même écouter de la musique serait un supplice. J’aimerais avoir une carrière cohérente, m’inscrire dans une vraie longévité. Je ne suis pas du genre à vouloir me brûler les ailes. Mais c’est aujourd’hui que tout se décide, je le sais... J'essaye de garder la tête froide: il faut de l’émotion, de l’énergie et une bonne dose de solitude pour faire une bonne chanson.
OUGANDA. Mes parents écoutaient des groupes américains, et, pour ma part, je me suis toujours senti anglais, sans pour autant renier mes origines africaines. Je rêve d'aller jouer en Ouganda. Ce serait très important pour mes parents, pour mon identité.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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MY GOD IS BLUE. C’est un disque qui va au-delà du disque. Les chansons se répondent toutes. Personne n’est tout seul dans mon disque. Tout est lié. Chaque chanson permet de comprendre l’autre. Un disque seul ne suffit pas à exister dans le futur. Créer un monde, ça permet d’exister pour toujours.
LE BLEU. J’ai vu bleu et j’ai composé avec. C’est avant tout la couleur du ciel, de l’océan. Bien sûr, il y a le bleu Klein, la période bleue de Picasso, mais je ne connaissais rien vraiment d’autre auparavant que ce bleu de l'Alliance.
L'AMOUR. Ma vie a longtemps été dénuée d’amour. En fait, la solution pour trouver l’amour, c’est redevenir enfant, mais ce n’est pas possible. Les autres n’acceptent pas la régression.
L'ALLIANCE BLEUE. Cela fait bien longtemps que j’avais le fantasme de créer un mouvement. Un univers pour que tout le monde soit bien. Cet univers, il doit aller jusque dans la rue, dans un terrain. Créer des vraies attractions pour adultes. Or, ça ne dépend pas que de moi, mais aussi des gens qui veulent s’inscrire à l’Alliance Bleue. Sans fidèles, je ne ferais rien. Je laisserais les choses venir.
SPIRITUALITE. Je peux encore être intéressé par un films de gangsters, mais les œuvres spirituelles, ça me fait vraiment rêver. Je ne veux pas avoir les mêmes choses à dire. J’essaye vraiment de changer. Le bonheur m’a donné envie de survoler le monde, de planer. Attention cependant, il faut parler de spiritualité avec du chien, du caractère. Quand les Témoins de Jéhova frappaient à la porte de notre maison, ils me semblaient à côté de leur vie. Je préférerais ne pas vivre que d’être confronté à une vie factuelle. Quand je partirais, j’aurais laissé une trace de mes pensées, un témoignage de quelqu’un qui voulait aller de l’avant.
CHRISTOPHE. Il n’y a pas très longtemps, je l’ai vu au Silencio. C’était fabuleux… Il faisait des variations sur ses titres, c’était tellement bien choisi. Même à la fin de ma carrière, je ne saurais pas encore faire ça. C’est une magie supérieure! Il m’inspire depuis longtemps: quand je composais Sexuality, j’imaginais Christophe.
RUSSIAN ATTRACTIONS. C'est l’esprit de fête (excessif) des Russes. En s’intéressant à leur culture, on découvre leur force, leur rire infernal... Mais aussi des humains qui ne peuvent pas être chose que des humains. Leur amour de l’intellect sert le fun. Le fun est réfléchi. Un Russe va beaucoup penser, mais tout ça va se terminer dans un verre de vodka. C’est ça, que j’aime. A quoi sert de réfléchir si on arrive à une réflexion complexe ?
LECTURES. J’ai énormément lu, ado. Dans mon école très catho, on était obligé de connaître tous les grands classiques. Hugo, René Char, Artaud, Gustave Flaubert… Dans ses Trois Contes, il y a Saint-Julien l’Hospitalier. L’histoire d’un jeune garçon qui aime tuer des petits animaux, puis la chasse, puis finit par assassiner ses parents, pris d'une pulsion de mort. Ca m’a plu, car j'ai aussi beaucoup de colère en moi. Je ne tuais pas des animaux, mais j’abattais des arbres dans les bois, en buvant de la vodka au goulot…. Plus tard, je n’ai lu que des essais sur les marchés, la politique, des biographies : de Slash, de Patrick Dils, Je voulais juste rentrer chez moi. Il a été plus ou moins sauvé par une émission sur TF1. Incroyable, non ?
LA DÉPRESSION. Je me suis senti très seul depuis toujours. Je passe mes journées allongé sur un canapé à réfléchir. Au bout d’un moment, on se décale de la société. Mon rythme et mes conclusions ne sont pas les mêmes que celles des autres. Donc ce qu’on vit, on ne peut les partager avec personne. Malgré le succès de "La Ritournelle", Politics n'a pas été compris. J’ai été très blessé, je me suis dit que j’étais dans un monde que je ne comprenais pas du tout. Aujourd'hui, je suis guéri.
PEPITO BLEU. Je suis né sur Terre, mais je m’imagine souvent venir des étoiles. Je m’imaginais arriver dans un grand costume de Pépito bleu. Et peut-être que rien ne me rassure plus qu’un biscuit. Le Pépito est gentil, rond, chaleureux, mais bizarre puisqu’il est bleu. C’est un biscuit du futur. Et puis le cercle, c’est une figure importante.
LA VÉRITÉ. J’ai toujours exagéré ce que je racontais: je ne peux pas me contenter de la réalité. Quand on vit des choses très fortes, ce qui est mon cas car je suis très sensible, on ne peut pas raconter simplement ce qui nous arrive. Il faut en rajouter pour que ce soit fidèle au ressenti. C’est ça, ma vision de la vérité : pas l’effet, mais le ressenti. Dans My God Is Blue, rien n’est vrai : on ne peut pas savoir quel instrument est vrai ou pas, combien on est à jouer… C’est la vitrine imposée pour créer l’Alliance Bleue. La musique, ce n’est qu’une parcelle de la vie des gens, à part pour les fans. J’aimerais être important dans leur vie, n’être pas qu’un disque qu’on met le vendredi soir. L’Alliance Bleue me permet d’exprimer ma créativité au-delà de ma musique. Qu’il y ait au moins un autre monde entouré de gens avec lesquels je me sens connecté. Cette vérité, je la ressens réellement. En me livrant comme je me livre maintenant.
LA SIMPLICITÉ? Présenter une chanson sans artifice, c’est aussi dire la vérité. Il faut démystifier aussi les chansons. « La Ritournelle », beaucoup la considèrent comme ultime, mais je l’ai composé en quelques minutes, au réveil.
LA FAMILLE. J’ai des valeurs familiales très profondes. Il faut rester groupés. Mais on ne peut pas passer sa vie amoureux de ses parents. La priorité de mes oublis, c’est ma famille. Sans pour autant la détruire.L’expression « tuer le père », c’est important pour un homme. Surtout, il faut oublier sa mère. C’est là-dessus qu’on se construit : son ton de voix, ses caresses, son caractère... Je ne veux pas exister à travers eux.
UN AUTRE GRAND REVE. Créer une musique que l’on ressent mais que l’on n’entend pas. Créer des émotions, mais sans son. La vraie finalité de la musique : on appuierait sur un bouton, on serait triste. Sur un autre, on serait content; encore un autre, et on danserait. Mais on n’entendrait rien. Ce serait le rêve de toute ma vie, mais c’est impossible, évidemment.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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CRAZY B: Nous définissons notre musique par la mélancolie et la nostalgie - servie par une envie d’exister, d’expérimenter. C’est la musique que nous faisons naturellement. Nous restons volontairement dans un schéma dark, même si nous pourrions faire autre chose: nous ne voudrions pas faire de l’ombre à David Guetta qui verse déjà dans le joyeux...! Nous sommes signés chez Sony, mais nous ne pensons pas à l'argent quand nous enregistrons. Loin de là.
LITTLE MIKE: Nous disposons et profitons au maximum d'une liberté totale, ce qui s'entend dans l'album. Defiant Order est très dans l’air du temps politique et médiatique - sans être engagé. Il s'agit surtout d'une prise de position artistique. Durant la conception de l'album, nous échangions sur ce qui se passait autour de nous. Tout en liant une certaine nostalgie avec un clubbing futuriste. Si nous avons travaillé avec Para One, c'est que nous avons été séduits par sa musique, son avant-gardisme...
DJ NEED: Mais cet album est cependant une réaction en opposition à quelque chose auquel on ne veut pas appartenir. Nous avons d'autres ambitions pour notre musique que celle de rentrer dans le rang ou de pré fabriquer notre musique! Nous avons investi beaucoup de moyens financiers sur le son, afin de ne pas sacrifier la qualité.
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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Dans une certaine mesure, les chansons de Pourquoi battait mon cœur sont plus enjouées que d’habitude…
On pourrait même dire que l’album est plus dansant…
On vous y entend aussi engagé - si ce n’est politisé ?
L’histoire d’amour idéale ?
Texte: Sophie Rosemont Photo: Philippe Mazzoni
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